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Jean-Pierre Potier

10 OCTOBRE - 27 NOVEMBRE, 2026

Jean-Pierre Potier

Jean-Pierre Potier et Jean-Michel Corre : un dialogue autour du noir

Dans les dessins de Jean-Pierre Potier, les silos s’imposent et occupent l’espace… Le fusain, matière noire et poudreuse, fait vibrer le support de l’œuvre, rendant ces masses sombres austères et silencieuses et le jeu des volumes et des matériaux subtil et énigmatique… Au-delà de la simplicité des formes brutes et de la fonctionnalité de l’architecture dans laquelle l’esthétique est absente, la précision du trait et de la ligne, soutenue par une mise en œuvre parfaite du détail, sont comme un hymne au modernisme et à l’industrie. Par le vide qui les entoure, les silos semblent contenir en eux toute la mémoire des lieux et du temps qui passe, dans une interaction entre le ciel et la terre, comme une manifestation évidente de la gravité ;

Face à ces géants, les sculptures de Jean-Michel Corre apparaissent en contrepoint comme des micro-architectures d’un noir intense… des petits volumes étranges qui sont fabriqués en allumettes brûlées et compressées dans un moule… Après différents traitements, leurs surfaces mates ou polies évoquent la suie et le bois brûlé… Ce mode de fabrication inédit les rend curieusement très légères et malgré tout, elles font écho au grain du fusain et à la monumentalité des silos de Jean-Pierre Potier… C’est cette opposition étrange qui m’a intéressé dans ce qui est à la fois une confrontation et un dialogue !

Chez l’un comme chez l’autre, le noir n’est pas une couleur, il est matière, traces et nuances délicates, dans les tonalités sombres et la profondeur de la matière… La rencontre se joue aussi dans le changement d’échelle : aux grandes architectures industrielles dessinées par Jean-Pierre Potier répondent les constructions plus discrètes de Corre ; du dessin à la sculpture, de la surface au volume, du monumental à l’intime, quelque chose circule entre les œuvres.

Le noir devient alors un espace commun, il absorbe la lumière autant qu’il révèle les formes. Il rapproche et relie des œuvres fondamentalement différentes et fait apparaître entre elles un paysage mental aux nuances métaphoriques infinies.

PAINT IT BLACK chantait Mick Jagger !

Pierre-Henri Argouarch